Lettre à ma mère . . .

C’était il y a 29 ans, deux mois et 19 jours… Après 9 mois passés à l’intérieur de toi, je sortais enfin de ton cocon prête à affronter le monde… ou pas… En réalité, c’est comme si le cordon ombilical n’avait jamais été coupé. Comme si on était liées et qu’on ne pouvait se passer l’une de l’autre plus de quelques jours… Et pourtant, tout n’est pas toujours au beau fixe entre nous, on s’engueulait souvent, peut-être moins aujourd’hui mais on ne se comprend pas toujours…

De mon enfance, je ne me souviens de rien. Est-ce que c’est normal de ne garder aucun souvenir de sa propre vie ? J’ai l’impression de n’avoir rien vu, rien vécu et que ma vie est une succession de jours qui s’écoulent, se suivent et se ressemblent tous. Le contexte de ma naissance est bien particulier, papa s’était envolé alors que tu étais enceinte de moi et j’ai deux grands frères. Quand je suis née, j’étais sûrement le petit rayon de soleil qui venait enjoliver un peu votre existence.

Sauf que c’était déjà trop pour mes petites épaules. Et tu ne m’as pas aidée à grandir tu sais. Oh, tu as sûrement fait au mieux de ce que tu pouvais faire, et je suis très admirative de la femme que tu es, personnellement élever trois mioches toute seule, je n’en aurais pas été capable. Mais, je ne suis pas sortie de ton cocon. Dès que je suis née, tu as placée des barrières autour de moi et tu ne m’as pas aidée à les ouvrir…

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Tu as toujours trop fait pour nous mais tu ne nous a pas laissé prendre notre envol ni nous débrouiller seuls. Tu étais toujours trop présente et j’ai toujours pu compter sur toi, c’est vrai, mais peut-être trop. J’aurais voulu que tu m’apprennes la vie, que tu m’apprennes à me débrouiller seule et que tu m’apprennes à ne pas dépendre de toi, des autres… Car, je le sais, mes soucis relationnels d’aujourd’hui viennent de la mort, l’abandon de mon papa et l’étouffement, le cocon dans lequel tu m’as laissée…

Je n’ai jamais pu être qui je suis, les autres ont toujours fait et pensé pour moi. Je ne suis pas entendue, pas écoutée, je le vois bien, dès qu’il y a du monde à manger, si j’ouvre la bouche, ça ne sert à rien, personne ne répond, tout le monde s’en fout. Alors, je me suis sûrement dit qu’il en serait de même dans mes amitiés. J’ai donc fui et rejeté tout le monde. J’avais tellement peur d’être rejetée que je n’ai laissé aucune chance de m’aimer… Je n’ai jamais cru pouvoir être digne d’être aimée puisque je n’ai jamais pu penser par moi-même…

J’ai rejeté beaucoup d’amis et de petits amis potentiels qui pourtant auraient pu décrocher la lune pour moi. J’aurais pu être en confiance mais comment pourrais-je avoir confiance en quelqu’un d’autre lorsque je manque cruellement de confiance en moi. L’abandon que je ressens lorsque je pense à mon père m’a hanté toute ma vie maman tu sais. A cause de cette blessure, je suis devenue dépendante affective… Envers toi et envers chaque garçon qui m’a donné ne serait-ce qu’un tout petit peu d’intérêt.

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C’est ce qui s’est passé avec David, c’est ce qui s’est passé avec Florent, et c’est ce qui a failli se passer avec Fabien avec qui j’ai préféré rompre avant que ça ne devienne pour moi bien trop compliqué à gérer. Je suis dépendante, comme avec toi, je pense que je ne peux arriver à rien toute seule et que j’ai besoin des autres pour y arriver. Pourtant, depuis que Florent était parti (et quelques mois après quand ça allait mieux), jusqu’à l’arrivée de Fabien dans ma tête (que je connaissais depuis longtemps mais que j’envisageais depuis peu), je m’en suis très bien sortie toute seule puisque j’ai perdu 25 kilos seule, sans aide médicale avec ma seule volonté et détermination.

Mais il suffit que je m’épanche d’un mec pour que mes blessures affectives reprennent le dessus… Mais ma dépendance m’empêche de vivre une relation sereine maman. Je suis trop jalouse et le moindre petit incident prend chez moi des proportions énormes. Je deviens très lunatique quand je suis en couple et j’ai des hauts et des bas, parce-que je ne gère pas mes émotions. J’ai peur de la solitude et pourtant j’ai fui et fait fuir tout le monde…

Maman, j’ai développé trop de peurs tu sais… Sûrement à cause des barrières que tu as érigées autour de moi et qui se sont d’autant renforcées avec le temps. C’est comme si elles étaient incassables à présent. J’ai peur de sortir seule. J’ai peur d’être rejetée par les autres alors j’ai rejeté tout le monde. J’ai peur de prendre la parole. J’ai peur de prendre des décisions. J’ai peur de sortir de ma zone de confort. J’ai peur de grandir peut-être…

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J’ai peur de l’amour… Je n’arrive pas à concevoir l’amour autrement que passionnel et moi je voudrais plutôt vivre un amour plus serein. J’ai peur du sexe… Maman, tu te souviens quand j’étais en primaire, une ATSEM a été mise en garde à vue pour attouchements sur mineurs à mon école, est-ce qu’elle m’a touchée ? Est-ce que c’est pour cette raison qu’aujourd’hui, j’ai un véritable blocage à ce niveau là et que je suis toujours vierge à 29 ans ?

Jusqu’à il y a quelques années tout de même, même me laver à ce niveau là était compliqué. Alors quand il a fallu épiler, je te raconte même pas ! Aujourd’hui, ça va mieux à ce niveau là, je ne suis plus bloquée et je ne pense plus que je vais me faire mal mais pendant longtemps, j’avais peur de me faire mal à ce niveau là, c’est pour ça que je n’ai jamais réussi à passer le cap de la pénétration même si Florent a réussi tout de même à débrider certaines choses de ce côté là…

Mais c’est une zone qui reste très méconnue pour moi et je me demande toujours comment ça peut-être possible que « quelque chose » rentre à ce niveau là, sans me déchirer et me faire beaucoup de mal. Alors imagine, qu’avoir un enfant, est complètement impensable pour moi. Je n’ai jamais pu aller voir de gynécologue, pour moi voir un spéculum et me faire un frottis s’apparente à de la torture et je n’ai jamais réussi à dépasser le cap et à prendre assez confiance en moi pour dépasser ce cap. Des fois, je me demande même si je suis normale à ce niveau là. L’autre jour, grâce à un article en Une sur Hellocoton, j’ai appris qu’une sage-femme pouvait également faire cet examen et je pense que je serais peut-être plus à l’aise avec ce corps médical alors ça me motive…

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Il faut que je sorte de ma zone de confort maman. Il faut que je reparte de chez toi. J’ai toujours vécu avec quelqu’un et je ne sais pas si je suis capable de vivre seule à cause de ma putain de dépendance affective, mais il le faut je crois. Ah si, j’ai vécu seule à Rennes pendant mes études, et oui, je me souviens que c’était compliqué pour moi, mais si j’y ai survécu c’est que je peux le faire à nouveau. Je ne supporte plus cette maison, je crois. Trop de souvenirs, enfin même pas puisque je n’ai aucun souvenir, mais trop de barrières…

Je dois arrêter de compter sur toi et vivre ma vie. Rentrer le soir et me préparer à manger seule. Je dois apprendre à faire les choses par et pour moi-même. Avant ma déconvenue avec celui avec qui j’aurais pu peut-être être heureuse, je me convainquais que j’allais bien. Le sport, ce blog, mes séries m’occupaient grandement. Mais je crois que cette histoire m’a fait prendre conscience que j’avais besoin d’autre chose, que je n’étais pas si épanouie que ça dans ma vie.

Non maman, je ne suis pas heureuse. Je ne vis pas. Je survis. Alors oui, je suis forte. Mais jusqu’à quand ? Tu te souviens quand Florent et moi, ça n’allait plus, cette poussée de tension énorme, ces conneries que j’ai faites qui m’ont amené à l’hôpital et qui m’y ont laissé parce-qu’ils avaient peur que je fasse une bêtise, non ne t’inquiètes pas, je n’en ai pas du tout envie, mais combien de temps vais-je supporter de me faire souffrir ainsi ? D’avoir plus personne à mes côtés ? Et d’avoir l’impression de ne servir à rien dans mon travail et donc dans ma vie ?

Je vais me servir de mes victoires pour oublier mes échecs. Je ne dois pas restée focalisée sur eux. Je dois m’envoler maman, je dois partir, et casser une par une toutes ces putains de barrière qui paralysent ma vie et ma façon de voir la vie. Je dois sortir de ma zone de confort et affronter le monde. Je suis capable, j’ai déjà accompli de belles choses alors pourquoi pas d’autres ? Dis-moi juste que tu crois en moi maman…

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La fille posthume que je suis . . .

. . . est née il y a 28 ans et demi déjà. Papa est donc mort il y a 29 ans, je ne sais pas la date, je ne la connais pas. Disons que j’ai déjà eu son acte de naissance ou de décès entre les mains mais je n’arrive pas à m’en souvenir. Inconsciemment, il y a sûrement des dates que l’on préfère oublier…

Je suis fille posthume d’un papa qui a eu un accident de voiture. Les circonstances de l’accident me sont restées floues. J’ai bien vu que le sujet était tabou et que personne n’en parlait jamais à la maison. Alors je n’ai jamais osé poser trop de questions. Ce que je sais, je l’ai entendu alors que j’écoutais une conversation adulte, cachée dans l’escalier lorsque j’étais plus jeune.

Mon père était en voiture ce soir là. Il aurait trop bu. Il n’aurait jamais du prendre le volant. Mais il l’a pris. A un feu rouge, il ne s’est pas arrêté. Un impact. Bam. Mort sur le coup. Pourquoi il avait bu ? Pourquoi il a grillé le feu rouge ? Était-il vraiment bourré au point d’être inconscient et de ne pas savoir ce qu’il faisait ? Voulait-il tout simplement en finir ?

Je n’en sais rien. Mon père est mort et c’est tout. Je ne sais rien de lui. Ce qu’il aimait dans la vie, ses passions. On n’en parle pas. Ma mère nous a élevé seule mes deux grands frères et moi. Je suis la fille posthume qu’il fallait protéger. Je suis la fille posthume qu’on a trop protégée.

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Je vis avec ces questions, avec ces tourments et avec cette grande plaie béante qui ne pourra sans doute jamais se refermer. Je lui en veux. A mon père. J’ai développé une haine contre lui. Je n’ai rien pu faire d’autre. Je le hais de m’avoir privé de son amour. Je culpabilise aussi. Est-ce qu’il voulait de moi ? Il a sûrement donné de l’amour à mes frères et moi il m’en a privé.

Par sa bêtise. Bêtise d’avoir pris le volant. D’avoir conduit. D’avoir bu. J’ai développé des sentiments virulents à l’égard de l’alcool comme à l’égard de la mort. J’étais à peine sortie de l’enfance quand j’ai cru que mon frère allait tomber dans l’alcoolisme. Il enchainait les conneries pendant ses sorties du week-end. Et un jour, il a pris le volant bourré. Il ne s’en souvient plus aujourd’hui. Moi si. Ma mère aurait pu revivre ce qu’elle a vécu avec son mari avec son fils…

Alors moi, je ne bois jamais. Je ne supporte pas ça. J’ai vu mon frère devenir agressif en ayant un coup dans le nez comme on dit. Je l’ai très mal vécu. Je ne supporte pas l’alcoolisme, je ne supporte pas quand ça rend les gens agressifs. Parce-que j’ai peur. Pour moi. Pour eux. Pour les actes irréparables qu’ils pourraient commettre dans cet état. Pour les autres qu’ils pourraient croiser comme celui qui ce jour là a été percuté par mon papa…

Break

Je suis donc cette fille posthume qui pense que la vie est précieuse. Celle qui pense qu’il ne faut rien lâcher et se battre. Celle qui en veut à celui qui est parti trop tôt et qui a laissé trop de souffrances derrière lui. J’ai été élevée dans un cocon. Et ce n’est pas forcément une bonne chose. Ma maman a fait du mieux qu’elle le pouvait, comme elle pensait que c’était le mieux. Mais elle m’a surprotégée. J’ai développé cette peur de l’abandon qui me hante et a conduit chacune de mes relations amoureuses au désastre.

Tout ce poids, tout ce bagage, j’essaie petit à petit de m’en affranchir. De gravir des échelons, de surmonter mes différentes peurs et oh combien elles sont nombreuses. Il y a encore 4 mois, j’étais aquaphobe, aujourd’hui, je suis à deux-doigts de savoir nager et je suis beaucoup plus à l’aise dans l’eau. Je commence à me faire violence pour m’affranchir de mes peurs, m’affranchir de mon passé.

Je suis cette fille posthume qui a forgé son opinion sur son vécu comme chacun forge son opinion sur son propre vécu. Il est parfois difficile de s’en affranchir quand toutes les blessures que cela à engendré ne sont pas soignées. Mais j’y travaille. Tout comme Rome ne s’est pas construit en un jour, je n’y arriverais pas en peu de temps. L’amorce du changement opéré dans ma vie n’est encore que très récent. Et j’espère pouvoir gravir l’échelle que je vois devant moi.

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